Réflexions sur le secondaire

Avec maintenant 3 enfants sur 5 restants qui sont au secondaire, j’arrive à me faire une meilleure idée de cette étape de la scolarisation.  Et finalement, je me retrouve avec une situation assez différente de celle à laquelle je m’étais en quelque sorte préparée avec les années.

Premièrement, mon aînée est en 4e secondaire et je n’ai pas encore de plan ferme sur l’obtention du DES. J’avance à tâtons sur un chemin à peu près tracé. Surtout que son déficit d’attention, qui ne l’avait jamais vraiment affectée avant, semble maintenant lui donner du fil à retordre et lui fait prendre un peu plus de retard que désiré.

Je me suis rendu compte que l’autodidacte en moi, celle qui aurait tant souhaité ne pas perdre son temps en classe à écouter un prof radoter pour les plus lents, celle qui aurait voulu lire la matière et exécuter les activités à son rythme, rapide et efficace, eh bien celle-là ne se retrouve pas dans tous les étudiants du secondaire.  Ma fille a clairement besoin d’un « enseignement » de la matière.

Elle a réussi ses 1re et 2e secondaires, sa 3e secondaire aussi en français et en histoire, mais les maths et les sciences sont des matières plus difficiles à assimiler par elle-même.  Donc depuis un certain temps déjà, elle a besoin d’aide, de soutien, d’explications, de réexplications et d’exemples pour bien passer au travers de ses maths et de ses sciences. Et comme je ne suis plus très jeune, eh bien ces notions sont loin et doivent être réactivées. J’y arrive, mais parfois je rame un peu.

Là je dois remanier l’horaire suite à cette prise de conscience que la matière doit être « enseignée » parce que justement, deuxièmement, au secondaire on s’attend à une autonomie plus grande et pour certains étudiants malheureusement cette autonomie ne vient pas. Pas parce que la jeune ne mature pas suffisamment pour faire ses travaux sans supervision, pas du tout, mais bien parce que certaines notions doivent être enseignées pour être assimilées.

Lucie-Maud a une bonne autonomie de travail. Elle est assez sérieuse (voire stressée) pour suivre son agenda et s’assurer que ses travaux se font durant la semaine ou se complètent la fin de semaine. Elle n’aime pas le mot retard, elle veut en finir avec ses travaux, elle veut un long et bel été, elle veut suivre un rythme de scolarisation normal… Elle se prend en main pour réussir. Je n’ai pas grand chose à dire sur cet aspect. Mais elle n’a pas une bonne autonomie d’assimilation. Elle a souvent besoin d’un soutien un-un, des explications détaillées et répétées, des retours en arrière sur la matière. Et ce soutien est demandant en temps pour moi.

On se dit que la première année du primaire est exigeante parce que l’enfant ne sait pas lire et a besoin d’une présence permanente à ses côtés. On dit que par la suite, lorsque l’enfant sait lire et vieillit, une autonomie peut s’installer pour nous permettre de nous concentrer sur les plus jeunes qui arrivent eux en première année. Et c’est vrai. Le 3e cycle du primaire et le premier du secondaire sont selon moi les plus faciles à gérer pour le parent-éducateur. Mais alors que je croyais que la situation continuerait de s’améliorer et me permettrait de donner plus de temps aux plus jeunes, je me rends compte qu’arrivés au deuxième cycle du secondaire, on revient à une situation exigeante en temps de disponibilité auprès du jeune pour le soutenir dans ses apprentissages.

Mes deux plus vieux ont des problèmes d’apprentissage. Est-ce que ça sera différent pour Mathis-Alexis qui, doué, avance vite et a déjà franchi le pas du secondaire un an d’avance? Sera-t-il plus autonome sur ce chemin de la fin du secondaire? Je vous en parlerai dans deux-trois ans. En attendant, cette demande de temps de la part de ma fille de 4e secondaire s’impose dans un horaire déjà chargé. Et les fins de semaine ressemblent de moins en moins à cela, des fins de semaine. Les semaines se poursuivent en explications le samedi et le dimanche afin de boucler le programme dans les temps voulus.

Peut-être est-ce une situation vécue que par moi avec mes enfants en fin de secondaire. Peut-être chez vous, vos jeunes réussissent à se débrouiller seuls. Mais il n’en demeure pas moins que je dois y consacrer du temps, réellement et qu’il faudra un réajustement des horaires.

Troisièmement, la correction au secondaire est LOUUUURDDDDEEEEE. Oui ils peuvent corriger une bonne part eux-mêmes. Mais si on veut suivre moindrement où ils en sont rendus, il est important de corriger une part non négligeable des travaux. Cela permet de voir les endroits où le jeune vit des difficultés et a besoin d’explications, et cela permet aussi de réactiver les notions à expliquer au fur et à mesure des notions vues, parce que sinon on se bute à une montagne de notions non réactivées et ouf, la panique s’installe de ne pouvoir aider son enfant.

Je me rends compte que pour un jeune en difficulté d’apprentissage, l’autocorrection est pratiquement impossible. Ici je parle de Yann-Salomon. Il ne peut corriger son français, il ne voit pas ses fautes d’orthographe, il ne peut corriger la plupart de ses mathématiques, car il ne porte pas d’attention aux détails (aux virgules, aux mesures précises…) Il ne peut corriger sa géographie parce que lorsqu’il a une erreur, c’est parce qu’il ne comprend pas le concept… Alors que j’en suis qu’au début du secondaire avec lui, la somme des corrections est inimaginable. Et il arrive parfois que je prenne du retard parce que la correction s’accumule.

Et enfin quatrièmement, au secondaire, les jeunes ne parlent pas et on ne sait rien, puis l’instant d’après ils se confient et racontent leurs angoisses, nombreuses et intarissables. Ce qui donne parfois des journées entières à discuter de leur avenir, de leurs choix de route ou de carrière, des journées entières à encourager ou brasser, à soutenir ou ressourcer, à écouter ou rassurer. Et toujours pendant ces journées entières… eh bien on s’occupe de notre ado qui, je le croyais, devenait plus autonome en vieillissant.

Ce ne sont pas des plaintes, loin de là. Ce sont prioritairement des constats, qui diffèrent des attentes. Il y a un réel plaisir à ces discussions avec nos enfants qui se cherchent et qui démontrent qu’ils ont encore besoin de nous. (Il y a aussi un réel déplaisir à ne servir que de punching bag pour des idées lancées qui ne tiendront pas la route longtemps, mais bon…)  Il y a toujours une maman en moi qui s’émerveille de voir l’étincelle dans les yeux de celui qui comprend enfin, et ce même chez des yeux plus vieux. Il y a étonnamment beaucoup de temps à investir avec le secondaire, il faut de la disponibilité et de la confiance en ses capacités.

Il y a toute notre philosophie d’école maison qui prend son sens avec le secondaire, mais qui soudainement peut prendre la débarque chez un ado qui veut se conformer et appartenir à un groupe autre que la famille. Qu’est-ce que 6 mois, un an de plus pour réussir et prendre le temps de vivre avec ses difficultés si on est pour travailler 45-50 ans après sans arrêt? D’une perspective d’adulte, c’est une goutte d’eau dans le cheminement pour que le jeune apprenne avec moins de stress. Pour le jeune, cela peut être un raz-de-marée que de ne pas finir à l’âge requis. Pour le jeune, ce temps élastique de réussite peut signifier un rythme plus doux et respectueux.  Pour l’adulte cela peut signifier une crainte que l’extérieur considère l’école maison comme responsable de ce retard accumulé.  Discussions intéressantes, philosophiques qui mettent de l’avant les fondements de nos choix de vie à la maison, les confortent et les confrontent.

Accompagner nos enfants, maintenant adolescents, dans cette aventure est stimulant mais, je le sais maintenant, aussi énergivore que des touts-petits qui nous accaparent en porte-bébé ou dans nos jupes. Qu’on se le dise.

 

10 réflexions sur “Réflexions sur le secondaire

  1. Belle Reflexion. Je peux confirmer que peu importe la facilité et la maturité de nos jeunes, les accompagner en secondaire 4 et 5 est très lourd en terme de temps, de remise en question sur notre manière de faire, en stress face aux examens à venir. Cette année j’en ai un en secondaire 4. Il est autonome, mûr pour son âge… et pourtant, mes samedis y passent et il travaille le dimanche après-midi et c’était la même chose pour les trois autres qui l’ont précédé. Je n’ai pas besoin de le pousser, mais la quantité de matière et la correction ne laissent pas le choix. Et la comparaison avec le temps qu’exige un bambin ou un enfant qui ne sait pas encore lire est vraiment bonne!

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  2. Beau texte! Ici aussi je dois suivre mon ado. Le temps de correction est long mais permet de rajuster le tir et voir ce qu’elle comprend (ou pas). Elle s’organise bien, travaille bien, mais a besoin d’accompagnement, de suivi. Je pense que même doué, un ado a besoin de notre « guidance ». 🙂 Et puis, il y a du plaisir dans cette transmission!

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  3. « Qu’est-ce que 6 mois, un an de plus pour réussir et prendre le temps de vivre avec ses difficultés si on est pour travailler 45-50 ans après sans arrêt? D’une perspective d’adulte, c’est une goutte d’eau dans le cheminement pour que le jeune apprenne avec moins de stress. »

    Avec cette phrase, tu viens me chercher. Tu me décris exactement à cet âge-là. Maintenant, je vois bien que j’aurais dû faire « autrement » et ce n’était pas parce que je n’étais pas capable de suivre académiquement le groupe. Mais plutôt l’orgueil de ne pas faire « comme les autres ».
    Prendre le temps à cet âge-là nous semble interminable dans la peau d’un ado et pourtant comme tu dis il nous reste 45 ans à travailler ensuite…
    Je me suis tellement cassé le nez au cégep à essayer de trouver ma voie… que je n’ai jamais trouver finalement et ce, même si j’ai fait des études universitaires…

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    • Moi aussi je me suis cherchée à cet âge. Et pourtant j’avais les capacités de tout faire. Une chance que l’école maison m’a sauvée. Aujourd’hui je peux tout faire et j’ai trouvé ma place.

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