Les troubles d’apprentissage de mon fils

J’ai mal compris les troubles d’apprentissage.

Comme j’avais mal compris à l’époque le trouble de l’attachement. Je croyais que si je donnais suffisamment d’amour à mes deux plus vieux, ils finiraient par se sortir de ce trouble épouvantable qui les prive d’une relation saine et nécessaire avec nous leurs parents. J’ai un jour compris, avec la plus grande peine, qu’ils vivraient toujours au centre d’un tumulte dans lequel ils sont inaccessibles. Et que je n’y pouvais rien de plus qu’une présence stable dans leur vie.

Avec les années de travail acharné avec Yann-Salomon, et le peu de résultat durable, je me rends compte que je voulais «guérir» ses difficultés scolaires pour qu’enfin il puisse avancer et faire comme les autres. Je l’avoue aujourd’hui, je me suis plantée, et j’ai eu des attentes irréalistes envers lui. Je voulais qu’il finisse par passer par-dessus ses difficultés.

Mais non, il est pogné avec pour toujours. C’est neurologique . Son comportement et ses capacités sont influencés par une question de biologie. Comprendre cela met beaucoup en perspective. Plus il grandit et plus l’écart entre ses capacités et celles des autres augmente. Comme il avance très lentement, chaque année qui passe creuse un fossé exponentiel entre les jeunes de son âge et lui. Il ne l’accepte pas…et je me rends compte que moi non plus.

Comme si le fait qu’il échoue encore faisait de moi une mauvaise enseignante. Est-ce qu’enseigner est guérir? Suis-je un médecin pour trouver le remède miracle et faire de lui un être «normal» exempt d’incapacités? On guérit le trouble et ensuite on passe à autre chose? Non. Ses difficultés scolaires, comportementales et relationnelles seront toujours là. Il va devoir apprendre à faire avec…et moi aussi.

Il a 12 ans. Il a eu 12 ans le 18 septembre. Selon le régime pédagogique, il devrait être en secondaire 1 cette année. Un très jeune secondaire 1. Alors pour lui donner une chance, je l’ai placé en 6e année. En fait depuis le début, je lui ai fait suivre le programme d’un an plus jeune, ou de quelques jours plus jeune selon comment on le voit (s’il était né le 1er octobre et plus tard, il serait en 6e année). Ses maths n’ont pas suivi: il est en fin de 4e année en maths. Et là le français ne suit plus. Ses cahiers de 6e année représentent un défi trop important pour lui. Il peine à suivre les sciences familiales ( nous en sommes à la 6e année) Et il suit de loin l’anglais de groupe (niveau secondaire 1), réussissant à faire ce qui est demandé mais beaucoup plus lentement que les autres et sans rétention réelle.

D’ailleurs son problème principal reste la rétention. La dyspraxie l’empêche de créer des automatismes qui lui permettraient d’avancer plus vite, de récupérer rapidement et efficacement les connaissances antérieures afin de bâtir sur celles-ci les nouvelles connaissances. À chaque nouvelle période, il doit tout revoir les anciennes connaissances, toutes depuis le début de sa scolarisation. Il va sans dire qu’additionner de nouvelles connaissances est à faire au compte-gouttes.

Mais pensez-y un peu… L’analyse des situations et le jugement de celles-ci afin d’établir une réponse sensée et rapide repose sur les connaissances acquises au fil du temps, sur l’expérience vécue et retenue. Un adulte a un meilleur jugement qu’un enfant et réagit plus promptement (Ok la plupart des adultes 😉 Mais si les connaissances ne s’installent pas, que le temps de réaction est très lent et que le comportement est malgré tout motorisé par une impulsivité énorme due au syndrome de Tourette…Vous voyez la catastrophe? Alors plus il vieillit, plus les connaissances devraient être nombreuses et plus il devrait les utiliser pour trouver la réaction adéquate aux différentes situations vécues. On se rend compte de plus en plus donc de l’écart dans les réalisations académiques et dans le jugement de situation qu’il y a avec des enfants de son âge.

L’école à la maison est ainsi toute désignée. Nous allons à son rythme et aucune intimidation n’est possible. Mais cette année nous avons vu les limites de tout ça. La première est qu’il voudrait bien suivre un programme de sports-études à l’école. Il souhaitait possiblement entrer au secondaire dans un tel programme, donc à l’automne prochain. Mais il aura plus de deux ans de retard, et devrait fréquenter une classe de cheminement particulier…pas de sport-études. La seconde limite est pour moi de faire la différence entre ne pas faire d’effort et ne pas en être capable. Il est facile de tout mettre la faute sur le dos de la dyspraxie et excuser toutes ses difficultés, comme il est aussi facile de mettre toute la faute sur le dos de la paresse et avoir des attentes inatteignables. Il est préado, il est Tourette (troubles de comportements inhérents), il n’est pas seul devant moi pour son école, et il doit fournir plus d’efforts qu’un autre pour le même résultat. Comment savoir s’il ne sait pas parce qu’il se bute comme tout préado «bucké» ou s’il ne sait vraiment pas?

Voilà beaucoup de questionnements pour terminer cette année, beaucoup de réflexions quant à son avenir académique. Pour la première fois cette semaine j’ai douté de ses possibilités à réussir son secondaire 5 un jour. Il ne guérira pas de ses handicaps, et le traitement de plus en plus complexe des nouvelles connaissances lui ralentiront le rythme d’autant plus. Comment sa motivation pourra-t-elle se maintenir? À suivre…

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