Enfin la lumière?

Deux travailleurs sociaux sont rentrés chez nous en octobre pour enquêter. Il y a avait eu signalement. Nos deux aînés, comme vous le savez maintenant, ont des problèmes assez sérieux dus au trouble de l’attachement. Des troubles de comportements assez sévères ayant menés au placement de Laetitia. Voilà que nous sommes accusés d’avoir créer ces troubles, de ne pas avoir aimé nos deux aînés, de ne pas les avoir investis. Nous sommes atterrés. Déjà très fragilisés par le placement, notre vie de famille bouleversée, la vie tout court craque de partout. J’essaie de leur faire comprendre la situation, rien à faire. Ils refusent de m’écouter, ils refusent de parler de Laetitia en termes de troubles de l’attachement, ils veulent parler d’Elle et non d’enfants comme elle. Mais comment dissocier l’enfant et son trouble, c’est ce qui nous a menés à la placer…Si elle n’avait pas eu ce trouble elle serait encore ici et nous n’en serions pas là à parler…Ils nous demandent quand nous serons prêts à la reprendre à la maison. Nous tentons d’expliquer que cela dépend de ce qui est fait pour que la situation change, mais que si elle n’évolue pas (nous n’y croyons pas vraiment de par les lectures et les consultations, mais ça c’est impensable…) et que si rien n’est fait pour qu’elle dorme, nous ne serons pas capables de recommencer la vie commune. Nous allons nous retrouver dans la même situation d’épuisement rapidement. Pour eux, une enfant de 8 ans doit être en milieu familial, point. On tourne en rond, j’ai déjà eu ce discours avec un psychologue… Il lui faut un endroit neutre sans lien familial ce qui est trop menaçant pour elle. Langage de sourd.

Ils rencontrent Jackson et Lucie-Maud. Ils rejettent les signalements pour les trois plus jeunes, mais retiennent celui de Jackson parce qu’ils ne comprennent pas qu’il ait de tels troubles de comportements et d’apprentissage et que nous n’en sommes pas reponsables. Et ils retiennent celui de Laetitia car elle est très affectée et est arrivée si jeune. Il nous suffisait de l’aimer…J’essaie de leur montrer la somme d’énergie que j’ai mise sur ces deux enfants: bien plus que sur les trois autres. Ah! Ah! vous aimez mieux les plus jeunes car c’est moins de troubles, les autres vous ne voulez pas vous en occuper, ils vous dérangent…Mais nous n’avons jamais dit cela, j’ai seulement dit et je répète que ces deux là ont des difficultés dues à leur prime enfance et à leur vécu in utero. Je leur donne des exemples, des descriptions, des références. Rien à faire. Ils communiquent avec notre psychologue spécialisée en troubles de l’attachement qui leur répète ce que nous leur avons dit et précise que placer Laetitia en famille d’accueil sera un échec. Ils ne la croient pas et disent qu’ils auront une contre expertise en cour. Ils ont communiqué avec la psy qui a suivi Jackson, qui prétend que nous cherchons des bibittes à notre fils, nous lui cherchons des problèmes…NON nous essayons seulement de comprendre ce qui se passe en lui pour mieux l’aider. Ils communiquent avec notre psy que nous avons laissé tomber pour aller vers une aide plus spécialisée. Ce dernier n’a pas digéré que nous sommes allés voir ailleurs, il nous accuse d’être instables et de magasiner notre thérapeute jusqu’à ce que nous en trouvions un qui dise comme nous. Nous ne savons plus quoi faire. Oui nous avons échoué avec Laetitia, mais nous avons tellement cherché de l’aide, et cette aide N’EXISTE PAS ici. La société conclut que lorsque l’enfant est adopté, il est guérit de ses problèmes car il a trouvé une bonne famille. Il ne suffit que de l’aimer…

Pendant ce temps Laetitia fugue deux fois au foyer, a des arrêts physiques trois fois par semaine (vous vous rappelez face contre terre mains au dos), fait des crises terribles, ne fonctionne pas du tout. Ils ne savent quoi faire avec elle, ils sont 6 en rotation…Il ne vous suffit que de l’aimer…

Je cherche une solution, je cherche du soutien pour être capable de survivre à tout cela. Nous sommes accusés à tort. En fait peut-être que oui nous avons mal agi parfois, mais nous ne savions plus quoi faire, nous demandions de l’aide qui ne venait pas. Nos enfants avaient l’air si normaux, des anges même parfois. Personne ne comprenait notre détresse. Notre cas ne devait pas être si grave. Nous avons placé Laetitia parce que nous étions des gens qui ne l’aimaient pas. Voilà tout. PETALES (parents d’enfants en troubles de l’attachement, ligue d’entraide et de soutien) nous a aidé à monter un dossier, à chercher un moyen de nous défendre. Nous avons demandé une autre rencontre avec les deux TS et avec leur supérieure et notre soutien de PETALES. Il nous fallait des témoins. Nous les avons obligés à écouter (d’ailleurs la loi nous donne ce droit d’être écoutés, eux disait que la cour était là pour ça, pour trancher, moi je disais qu’entre adultes on pouvait s’écouter et éviter les tiraillements en cour) ce que nous avions à dire, ce que nous avions vécu, ce que ces enfants avaient vécu, ce qui avait été fait comme démarches et efforts…Laetitia avait à elle seule 80% de notre attention les 4 autres se partageaient le 20% restant. Et ce n’était jamais assez pour elle.

Nous sommes sortis de cette rencontre en partie rassurés. Ils avaient cheminé. Ils avaient discuté de la situation avec des collègues qui vivaient des situations similaires avec leurs cas. Ils convenaient qu’il fallait nous placer dans une catégorie à part, loin de leurs cas classiques où les parents ne s’occupent pas ou mal de leurs enfants. Nous sommes des parents investis, mais en détresse car les enfants ne répondent pas à cet investissement. Bon ils avaient fait un pas. Maintenant ils ne savaient plus quoi faire avec nous. Sommes-nous encore les parents fautifs? Il fallait une évaluation extérieure en attachement. Étions-nous attachés à ces enfants? Si non nous sommes fautifs, si oui il faut faire quelque chose pour les enfants. Je ne voulais pas vraiment ces évaluations, un peu tannée de toutes ces évaluations qui ne mènent à rien, où personne ne nous croit. De plus il y avait un genre de paradoxe épouvantable: s’il s’avérait que nous étions des parents compétents pour Jackson, ils abandonneraient le signalement et fermeraient le dossier…Comprenez-vous le paradoxe? Si nous étions des parents compétents, ils ne pouvaient plus rien faire pour nous, car ils ne peuvent retenir le signalement et donc ils DOIVENT fermer le dossier et si le dossier est fermé, ils ne peuvent pas nous offrir de l’aide. Les centres jeunesse offrent de l’aide aux gens qui compromettent la sécurité ou le développement de leur enfant. Les autres débrouillez-vous. Rendus là on espérait quasiment être des parents incompétents!

Le premier jour de l’évaluation nous y allons avec Jackson. Après trente minutes d’observation des relations de jeu entre Jack, son père et moi, la psy nous demande ce que nous faisons là: nous sommes sensibles aux besoins de Jackson et il a besoin de nous. Finalement cette évaluation était bien, le moral a remonté d’un coup. Cela boucherait un coin aux TS qui doutaient de nous. Maintenant nous discutons des problèmes de Jackson qui sont dus au trouble de l’attachement, elle est d’accord avec nous: Jackson a besoin d’une évaluation en ergothérapie et en neuro-psychologie, il faut aller au fond de tout cela pour mieux l’aider. Non on ne cherche pas du tout des bibittes à notre fils nous voulons mettre des mots sur ce qui se passent pour mieux répondre à ses besoins. Elle comprend tout à fait que Jackson ait des traits autistiques sans être autiste, elle parle de retraits schizoïques lorsqu’il part dans sa bulle. Elle dit que son état est celui d’un enfant bien plus que carencé. Pour nous ces paroles sont douces à nos oreilles, pas parce que nous aimons cette réalité, mais parce qu’elle est enfin reconnue et sera portée au nez des TS. J’explique enfin les raisons de l’école à la maison, à laquelle on tient. Au lieu de juger sans comprendre, elle m’avoue ne pas connaître le phénomène et elle craint pour le développement de Jackson. Je lui explique les sorties, le fonctionnement personnalisé, l’attention portée à ses besoins, le respect exprimé par ses amis…Elle est rassurée, et convient que nous avons fait un bon choix. J’ai le goût de l’embrasser…

Le lendemain c’est Laetitia qui vient avec nous. La psychologue réagit de façon incrédule lorsque je lui dit que Laetitia a été en famille d’accueil et que les TS veulent encore cela pour elle. Elle croit tout comme nous que premièrement, nous ne pourrons garder de lien avec notre fille si elle retourne dans un milieu familial, et que de toute façons, elle ne peut supporter les liens trop proches, alors nous ne lui en donnerons sûrement pas d’autres à tisser encore. Elle convient qu’il faut à Laetitia un foyer de groupe pour longtemps peut-être même jusqu’à majorité, mais qu’elle a besoin que nous restions ses parents et que nous nous en occupions souvent. Mais nous ne demandons que ça depuis le début!!! Lorsque nous lui parlons de l’accusation de magasinage de thérapeute, elle nous demande combien d’autres thérapeutes nous avons vu depuis. Nous répondons juste celle-là, elle dit que ce n’est vraiment pas du magasinage…

Finalement ces évaluations étaient nécessaires. Et j’ai pu donner une leçon bien concrète à Jackson. Depuis le début de leur enquête, nous avons été très sincères, jamais nous n’avons caché notre détresse, notre incapacité à faire face à la situation, même si nous n’en étions pas fiers. Nous aurions pu jouer la comédie, mais nous sommes foncièrement honnêtes. Nous essayons de montrer aux deux aînés l’importance de la vérité. Le mensonge est un des points principaux du trouble de l’attachement. Là nous sommes restés vrais tout au long et nous sommes récompensés. J’ai eu peur souvent que nous perdions, car dans notre société, il arrive parfois que le mensonge soit la voie gagnante. «Malheureusement» je ne sais pas mentir et quelquefois je ne réussis pas dans cette société malade. Je suis très heureuse que ce soit enfin la vérité qui nous délivre de tout ce poids.

Il nous reste bien sûr à recevoir le rapport officiel, à discuter d’un plan d’avenir pour les enfants suite à ce rapport et ses recommandations. Il y aura des accrochages, les services disponibles pour Laetitia ne sont pas adaptés à une enfant en troubles de l’attachement. Il lui faudrait un milieu spécialisé qui n’existe pas ici. Notre psychologue est en démarches pour ouvrir un tel centre. PETALES (je suis maintenant sur le CA) travaille à sensibiliser les gens, les élus et les professionnels à notre cause et monte un projet de répit pour les parents. Mais je suis consciente d’une chose, je le fais pour les parents qui me suivront, je n’en bénéficierai probablement pas. Mais sauver ces enfants qui n’ont pas demandé à vivre ainsi est très important. Il ne faut pas oublier qu’ils sont eux aussi les adultes de demain. Je ne suis pas sûre que vous voudriez ma fille comme voisine lorsqu’elle sera libre de ses actes à 18 ans. Je me souviens d’avoir lu que 70% des prisonniers étaient en troubles de l’attachement et la plupart des jeunes de la rue. Ça vous donne une idée…

En attendant, nous, nous respirons un peu mieux. Il était temps, car ces troubles de l’attachement sont dévastateurs. Le stress pour moi a fait monter en flèche mes allergies, je me découvre des allergies nouvelles pratiquement tous les mois. Deux de mes amies avec des enfants en troubles de l’attachement ont développé un cancer à un âge très jeune (- de 40 ans). Il faut vraiment soutenir ces parents en détresse.

9 réflexions sur “Enfin la lumière?

  1. Bonjour Katherine,

    je comprends ce que tu peux vivre. Voilà maintenant 8 ans que j`adoptais un garçon de Roumanie et j`ai rencontrer ces problèmes.
    Mon fils était menteur,voleur,fouillait dans les poubelles pour manger etc..
    Il m`appelait ma tante ,ne voulait absolument pas m’appeler maman,me disait :je te déteste ,me criait après,me tapait,me mordait etc..
    Il avait 3 ans à l’ adoption.On m’ avait dit à son arrivée ,dépêche toi de le mettre à l’ école ,ce fut ma première erreur.
    Il ne parlait pas français et ne comprenait rien.J’ ai demandé de l`aide du Clsc ce fut ma deuxième erreur.Il ne connaisse rien au problème de l`attachement et me disait que je ne l`aimais pas assez et que je n`étais pas assez sévère.
    J`ai téléphoné à l`agence d`adoption et j`ai demandé qu`il communique avec la Roumanie pour qu`il me donne des idées des problèmes qu`il avait.On m’a répondu qu’ il était normal et que je serais mieux de voir un psy.
    En première année,son professeur me disait que je ne savais pas élevé un enfant que je n’étais pas une bonne mère (et je le dis en terme poli ,car eux on été moins poli)et il voulait le placer dans une classe de développement.
    Les ennuis ont commencé quand j`ai refusé.
    Donc ,je suis allé voir une travailleuse sociale
    qui fait la post adoption et qui fait les problèmes d`attachement.
    Enfin ,une lueur au bout du tunnel, j`ai suivi les dix cours de post-adoption au CLSC Saint-Louis du Parc et j`ai commencé à faire l`école à la maison.
    Après 4 ans ,je vois d’énormes progrès .Mon fils
    s`exprime mieux ,est presque autonome et fait des progrès dans ses matières scolaires.
    Mais j`ai toujours le spectre de la dpJ au dessus de la tête car le directeur n’a pas digéré mon refus et revient à la charge à chaque fin d’ année même s`il n’a plus d’affaire à lui car il aurait changé d’école.
    Tout n’est pas parfait quoique ses crises soient très distancées elles sont encore présentes ,une par mois au lieu de 60 par jour.
    Il est plus amical avec les autres aussi.
    Alors ne te décourage pas,je suis d’ accord avec toi ,ce n’ est pas connu et les gens ont d’ énormes préjugés face à cela malheureusement.
    Mais nous devons continué d’aimer ces enfants car ce ne sont pas les autres qui le feront et qui trouveront une solution.
    Je penserai à vous (vous n’ êtes pas seul)

    Amicalement
    claudie

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  2. Katherine, ton témoignage me touche à chaque fois que je lis ton blogue. Tu as vraiment beaucoup de courage et d’abnégation. Tu fais face aux problèmes en cherchant des solutions, au lieu de te décourager. Je sais ce que peut être l’adoption pour l’avoir vécu de l’intérieur avec une petite soeur qui est arrivée à la maison à l’âge de 3 ans. Ça n’a pas été facile, mais vraiment pas aussi compliqué et déchirant que ce que tu vis avec les petits dont tu as la responsabilité. Je voulais juste te dire que je te cite souvent en exemple lorsque je parle avec des gens qui se plaignent de leur toutes petites misères avec leurs enfants qui se tiennent mal à table…Lâche pas, on ne se parle pas souvent, mais à chaque fois que je te vois aux sorties je t’admire vraiment beaucoup.

    Marie-Christine (Ceiram)

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  3. Bonjour Katherine !
    Je te souhaite toute la force et l’énergie dont tu as besoin pour cheminer dans cette épreuve. Votre famille semble pleine d’amour, alors je me dis que de meilleurs jours s’en viennent pour vous tous.

    Josée

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  4. Bonsoir Katherine,
    J’allais mettre mon propre blog à jour quand j’ai vu une nouvelle entrée sur le tiens… Ouf! C’est très touchant et ça remet ma journée « je n’ai pas eu le temps de profiter du soleil » en perspective… Tu as mon admiration!

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  5. Katherine, ta dernière entrée me touche vraiment encore une fois…
    Tu es une femme sensible et courageuse…
    Mes pensées vont vers toi!! Continue ton beau travail…tes enfants ont la meilleure des mères!
    xxx

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  6. Un GROS GROS câlin pour toi Katherine. Je connais ton problème de façon théorique, c’est dire que je n’y comprends rien en fait… Mais ce que je connais, c’est ton courage, ton coeur immense et ta détermination !

    On t’aime ici et on pense à toi!

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